Pour clore le parcours, Ben Vautier interroge la fiabilité même du langage : peut-on vraiment dire la vérité avec des mots ? Aphorismes, contradictions, formules provocatrices — il fait de la phrase courte un outil de doute. J'aime la vérité et Il faut se méfier des mots se répondent : l'une affirme, l'autre prévient ; l'une croit, l'autre soupçonne.
Pour Ben, la vérité n'est ni stable ni absolue. Elle dépend des points de vue, des contextes, des récits que le pouvoir, l'histoire ou la société imposent. Ses phrases — Je suis un menteur, L'art est inutile, Sans importance — fonctionnent comme des contre-pieds : elles mettent le visiteur en porte-à-faux et l'obligent à se demander ce qu'il lit, et ce qu'il croit comprendre.
Cette tension entre affirmation et contradiction traverse toute l'œuvre. Jon Hendricks y voit le dialogue permanent entre l'ego et le doute : Ben affirme son geste, et aussitôt le fragilise. Le doute, chez lui, n'est pas une hésitation — c'est une méthode. Il fissure les certitudes, ouvre des paradoxes, oblige à penser autrement.
À travers ses mots, Ben révèle autant les limites de la vérité que notre besoin obstiné de la chercher.