À Villers-Cotterêts, dans le château où fut signée en 1539 l'ordonnance qui imposa le français comme langue officielle du royaume, la Cité internationale de la langue française accueille Ben Vautier (1935–2024) : celui d'un artiste qui a fait du mot la matière même de son œuvre, avec un lieu emblématique de l'histoire du langage.
Figure majeure de l'art contemporain et compagnon historique du mouvement Fluxus, Ben opère dès 1953 un choix radical : remplacer l'image par l'écriture. Tracer une phrase à l'acrylique blanche sur fond noir deviendra le geste fondateur d'une œuvre poursuivie sans relâche pendant plus de soixante ans.
Pour Ben, le mot est d'abord un acte. Il devient ensuite peinture, lorsque la phrase prend corps sur la toile. Il est aussi territoire : Ben défend toute sa vie les langues régionales et minoritaires — occitan, corse, basque, breton. Le mot est enfin doute : Il faut se méfier des mots, écrit-il, car le langage trompe autant qu'il révèle.